Un homme vrai et entier !
Jacques Fraysse est un homme de 57 ans. Suite à un AVC, il souffre du Locked-In Syndrome : son corps est inerte. Malgré son handicap, cet homme si dynamique autrefois, a réussi à retrouver goût à la vie. Il témoigne, ses paroles sont rapportées dans "Comme toi, j'ai demandé à mourir..." de René Pasquale et Eliane Fraysse, en voici un extrait.
"Jusqu'au 24 septembre 1997, je vivais. Le 23, j'étais encore à mon travail. Le 24, j'étais dans le coma.
On vit à notre époque à 85% par notre corps et 15% seulement avec notre esprit. Le corps a une telle importance qu'on ne réfléchit que juste ce qu'il faut. On fait de la musculation, de l'entraînement et du bronzage, du sport et du relax. Et l'esprit sert pour le travail et les loisirs. Et quand tout bascule, quand la voiture n'est plus qu'une carcasse et notre corps aussi, est-ce que notre esprit est aussi en pièces détachées?
Ma femme me répétait sans cesse : tu as connu le corporel, les activités physiques. Il reste à découvrir le monde de l'esprit : l'intellectuel, le culturel, la musique ; la lecture, la littérature, l'imaginaire, le virtuel, le relationnel. C'est presque comme une nouvelle planète à découvrir, un nouveau monde, en tout cas pour moi. Et on s'y est mis tous les deux : lecture, romans, radios, films discussions... et on a appris à communiquer comme toi par les lettres de l'alphabet.
Je découvre tous les jours l'immense étendue de la vie spirituelle. Je vis. Mon corps ne me paraît plus si important, si indispensable et j'ai l'impression de rester un homme vrai et entier. Après cinq ans de galère, petit frère, je vis. Plus de cauchemars et de vertiges vertigineux. Quand je me réveille, je ne dis plus : « Je commence une journée d’handicapé », je dis : « je commence ma journée ».
Cinq ans de rééducation quotidienne ont redonné à ma main droite la possibilité de bidouiller ma radiocommande et ma télécommande. Je peux montrer les lettres sur mon ardoise, ce qui est plus rapide que par les signes de paupières. Voilà ce que je voulais te dire ; j'ai retrouvé une vie différente mais riche en amitiés, en imaginaire, en affection, en écoute des autres. La vie de l'esprit existe, qui fait de nous des hommes vrais et même heureux. Crois-moi, quand la déprime sera finie, toi aussi tu revivras."
(Source : René PASQUALE et Eliane FRAYSSE - Comme toi, j'ai demandé à mourir... - Editions Quasar - Avril 2014)
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